Documentaire


Cols blancs et temps modernes

Le SICOB invente l’art de vivre au bureau


Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la France découvre la productivité au bureau. De 1950 à 1990, professionnels et grand public ont accompagné la naissance des ordinateurs dans les allées d’un salon mythique, le SICOB. Comment travaillait-on, comment l’informatique est-elle passée du monde des experts au grand public. Les témoins de cette époque racontent une exposition devenue une expression.



Le SICOB est né en 1949 de la rencontre entre Georges Vieillard, éminence grise du PDG de la Compagnie des Machines BULL et de Raoul Hermieu, un imprimeur devenu le spécialiste du papier en continu avalé au kilomètre par les premiers ordinateurs.

La France sortait à peine de la seconde guerre mondiale, et sa reconstruction éclairait les prémices d’une mutation majeure, la disparition progressive des industries au profit des sociétés dites de service. De l’usine les temps modernes passaient au bureau ; des machines-outils il allait falloir inventer de nouveaux outils qui amélioreraient chaque jour la productivité des cols blancs.

Créé en 1950, à la Porte de Versailles, le SICOB fut le rendez-vous commercial et d’innovation de plusieurs générations de professionnels. Pendant quarante ans, le SICOB s’avéra le lieu incontournable pour découvrir, s’informer et vendre ces « machines de bureau ». Au commencement l’innovation alla au classement, au mobilier et à la gestion des documents ; puis l’informatique envahit les allées du salon, les premiers micro-ordinateurs y furent présentés ainsi que les prémices d’Internet.
Evénement annuel majeur, le SICOB avait souvent les honneurs d’une inauguration Présidentielle, et ses pavillons recevaient la visite de vedettes comme Johnny Hallyday. Les journaux télévisés y envoyaient leurs meilleurs reporters, au nombre desquels Léon Zitrone ou Michel Chevalet. C’est au SICOB que fut présenté le premier micro-ordinateur au monde, inventé en 1973, et que fut réalisée la première transmission de données entre deux ordinateurs en 1964.

Trois grandes périodes segmentent ce demi-siècle :

de 1949 à 1961, c’est le SICOB des patrons : ces décisionnaires et leurs conseillers sur qui pesait à cette époque la rude tâche de reconstruire la France, non pas à l’image du passé, mais suivant un modèle qu’il fallait inventer. SICOB de recherche et d’imagination, de rencontres et de colloques.
De 1962 à 1970, c’est le SICOB du grand public : les portes de la fête du bureau, furent alors ouvertes sous la très moderne et architecturalement innovante voute du CNIT tout juste inauguré. Il fallait informer massivement les utilisateurs finaux, dont le cercle s’élargissait sans cesse, afin qu’ils découvrent et comprennent leur implication dans ce mouvement profond : le passage par l’entreprise de l’atelier au bureau. SICOB des jeunes et des néophytes, de développement commercial intensif et des bains de foule.
De 1971 à 1990, c’est le SICOB des spécialistes. Devant la popularisation massive de l’informatique, les professionnels aspirent à se retrouver entre eux, afin de mieux explorer ce nouveau monde. Le SICOB se fait plus sélectif. SICOB des têtes pensantes et de la convention informatique, du mixage des matériels et des programmes, du traitement et de la transmission des informations.

De parcourir ces trois grandes périodes, le film raconte comment, en cinquante ans, est né le travail de bureau, ont été inventées les machines qui sont devenues notre quotidien, et comment ont été influencées les vies professionnelles et personnelles de millions de personnes. Il ne reste aujourd’hui dans l’inconscient collectif qu’une expression encore utilisée dans les services informatiques « C’est le SICOB ! »… parfois employée par de jeunes informaticiens qui ignorent tout de ce salon. Cette apostrophe braque le projecteur de l’histoire sur plusieurs monuments, le salon en lui-même et le CNIT, dont il est le symbole.
Par Philippe NIEUWBOURG le Jeudi 4 Mars 2010

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