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Le Mobilier Industriel, de Brigitte DURIEUX, Aux Editions Aubanel


Ouvrage recommandé par Barbara POIRETTE, Rédactrice en chef du magazine DecoEco.fr



Le Mobilier Industriel, de Brigitte DURIEUX, Aux Editions Aubanel
Quand l’utile devient style… Les figures glorieuses désaffectées et les mobiliers urbains remisés sortis de l’ombre, incarnent désormais un style à part entière. Et Brigitte Durieux remonte pour nous le fil de cette histoire à la généalogie riche de figures illustres. Elle met des noms sur des silhouettes et à son inventaire attentif les sans grade d’hier retrouvent leurs signatures. L’ouvrage nous happe entre ses pages. Tout d’abords dans un feuilletage rapide, empressé de retrouver ses gueules de métal, de fonte ou de tôle emboutie qui nous séduisent par leur allure tout à la fois étrangère et familière. Et puis l’appétit satisfait de ces retrouvailles, l’œil peut enfin entrer dans l’histoire. Car tel est le talent de l’auteur. A ses mots et aux illustrations, photos d’aujourd’hui, photos d’hier, photos d’usines ou d’intérieurs, schémas et documents promotionnels d’autrefois, nous assistons à la formation d’un style. Et de nous faire remonter le temps à l’aube du XVIIIe siècle, elle replace ces personnages de fer dans le contexte historique qui les a vu naitre, à la manière d’un Zola nous faisant connaître le ventre de Paris.

Le Mobilier Industriel, de Brigitte DURIEUX, Aux Editions Aubanel
A cet éclairage, la vague industrielle apparait à un nouveau jour. Il n’est plus seulement question d’atelier ou d’usine, mais d’un style nourri et habité de métal. Et le style expose ses contradictions. « Goût du luxe et instinct maternel : au XVIIIe siècle, ce sont les femmes qui ont introduit le mobilier en métal dans les foyers. Jusque là seuls les armuriers maitrisaient la fabrication de l’acier. L’art de la guère au service de la féminité ? » Une révolution avant l’heure. Mais l’apogée sonne au XIXe siècle, avec la fabrication en série et dès lors les figures se font plus familières. De cocottes en poêles, c’est par la cuisine que la révolution industrielle pénètre dans nos intérieurs. Les balcons, les grilles ou les bouches de Métro d’Hector Guimard célèbrent la fonte dans une végétalisation Art Déco ; kiosques et colonnes Morris meublent la ville, tandis qu’aux bornes-fontaines et aux chalets d’aisance elle gagne en salubrité. Du ventre de paris au bonheur des dames, il n’y a qu’un pas qui de poutrelles en linteau verra sortir de terre hangars, maisons d’habitation, grands magasins, usines ou monuments publics… Plus qu’un style, c’est un mouvement qui se met en marche au fil des pages.

Le Mobilier Industriel, de Brigitte DURIEUX, Aux Editions Aubanel
De cols bleus en cols blancs, le couple homme machine prend forme, à l’usine, dans les bureaux et jusqu’aux bancs de l’éducation nationale. Le XIXe voit naître un arsenal de mobiliers de métiers, de sièges, de machines outils, d’établis, d’armoires, de dessertes d’atelier qui font aujourd’hui les beaux jours de notre décoration. Même les bureaux troquent leur prestance bourgeoise pour à leur tour, être conquis par des mobiliers fonctionnels. Le progrès industriels est en marche et s’incarne aux classeurs verticaux, aux meubles à clapets, aux chaises de dactylo, aux bureaux à caisson et aux meubles d’archivage qui gagnent l’espace. Des jardins aux bords de seine, de nouvelles chaises accueillent le repos des promeneurs. Après nous avoir promenés dans le temps avec délice, Brigitte Durieux nous dresse une galerie de portraits aussi fonctionnelle que le sujet. Et comme toute promenade mérite repos, c’est par l’assise qu’elle commence son inventaire industriel.

Le Mobilier Industriel, de Brigitte DURIEUX, Aux Editions Aubanel
Elle égraine les grandes figures du style, de la chaise Bistro, à la chaise Navy 1006, en passant par la Luxembourg, la chaise A de Xavier Pauchard, le tabouret ou la chaise Singer ou encore la Biennaise ; elle fait le tour des sièges urbains et professionnels qu’elle complète des tentatives domestiques d’alors. S’en suis le travail et ses figures légendaires, des forges de Strasbourg, au casier de tri postal, en passant par Ronéo, Steelcase, Strafor, la révision des classiques se poursuit en classeurs verticaux, meubles à clapets et plus généralement les meubles de métiers auxquels s’ajoutent les vestiaires… Autant de mobiliers qui aujourd’hui trouvent une retraite méritée dans nos intérieurs. Autres emblèmes du style et peut être celui par qui l’engouement est arrivé, les luminaires s’exposent à leur tour en réflecteurs et diffuseurs, machine de lumière aux proportions extraordinaires coutumières des lofts, mais aussi les lampes articulées qui de Jieldé à Gras en passant par Anglepoise ont transporté leurs globes et leurs rotules des ateliers à nos bureaux pour progressivement gagner toute la maison. Et de replacer ces illustres figures dans leur histoire, celle de leur créateurs et des entreprises qui les ont produites et dont certaines sont toujours en activité, Brigitte Durieux nous les fait apprécier dans toute leur dimension et nous conte la petite histoire de chacune.

D’hier à aujourd’hui ce bestiaire fantastique et métallique promène ses silhouettes de nos mémoires à nos intérieurs et l’auteur nous donne à voir combien ils savaient mettre de l’œuvre à l’ouvrage. Un livre qui saura ravir mais aussi instruire tous les passionnés du style industriel qui pour satisfaire leurs envies trouveront à la fin de cet ouvrage une listes bien fournie d’adresses, à Paris et en province, où chiner l’objet de leur désir industriel.

LE MOBILIER INDUSTRIEL
Auteur : Brigitte Durieux
Éditeur : Aubanel
Prix public : 39 €
ISBN : 2700606736
Par Philippe NIEUWBOURG le Dimanche 25 Avril 2010

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