News


Salon Jeune Technique en 1984 en RDA, quelques éléments de comparaison avec le SICOB




Salon Jeune Technique en 1984 en RDA, quelques éléments de comparaison avec le SICOB
Reprise d'un texte de Sylvestre HUET, paru dans le magazine Avant-Garde en décembre 1984.

Grand rassemblement de jeunes à Leipzig en RDA, à la mi-novembre.
Au « Salon Jeune Technique » ils exposent leurs inventions.
Des vêtements au micro-ordinateur... Les jeunes font preuve d'esprit d'entreprise.

Le stand est pris d'assaut. Jeunes et moins jeunes pianotent avec fureur. Trois mômes s'acharnent sur une simulation d'une course de ski. Plus loin, il faut jouer des coudes pour suivre les parties d'échec opposant ordinateurs et visiteurs. Semblant ignorer le tumulte qui l'entoure, un jeune programme en basic... Non, vous vous trompez, je ne suis pas au Sicob. Ce déluge de micro-informatique est tombé sur la RDA.

Autre différence avec le Sicob: peu de cravates, pas d'hôtesses aguichantes. Mais partout des jeunes, en jeans et chemises de la FDJ. Des jeunes dans les allées, 14 000 par jour m'a-t-on dit. Des jeunes dans les stands. Car tous les produits exposés sont de leur cru. Ils sont le résultat du travail d'équipes de jeunes. Des « collectifs» comme on dit ici. Collectifs formés dans une entreprise, pour résoudre un problème, moderniser une installation ou concevoir un nouveau produit.

A parcourir l'exposition, on se rend compte que l'économie de la RDA est à l'image de ses maisons. Pas terribles à l'extérieur (même franchement tristounettes), mais nettement plus modernes à l'intérieur. Côté industrie, les briques usées des usines cachent robots et ordinateurs. Dans ce petit pays, 17 millions d'habitants, le manque de bras est constant. Après avoir construit une industrie sur les décombres de la guerre, l'heure est à sa modernisation.

CONFIANCE AUX JEUNES

J'ai donc vu le premier micro-ordinateur familial, 100 % made in RDA. Conçu en 12 mois par une équipe de l'entreprise Robotron. C'est un micro personnel. Il peut être branché sur les postes de télévision courants. Son utilité? Devant moi deux enfants d'une douzaine d'années s'exercent à un jeu éducatif. Sur une carte de l'Afrique, des points clignotent. L'ordinateur leur pose des questions: « Quelle est la capitale de l'Egypte ? » «La longueur du Nil? ». Parfois il propose un choix de réponses. A chaque fois un mini dialogue s'engage entre les deux enfants et la machine. A l'autre bout du stand, trois écrans démontrent les possibilités en maths. Sur le premier, un programme pour enfant fait étudier les opérations élémentaires (addition, multiplication...). Le second permet d'aborder la géométrie. Tandis que le troisième s'élève au niveau des études supérieures. Austère... Pas tout à fait. D'autant que des programmes de jeux, existent déjà. Seule différence avec ce que nous connaissons: pas de guerres, même des étoiles. Un jeune moustachu, responsable de la commercialisation, est formel: «C'est l'utilisation familiale qui est visée. Nous voulons produire en masse pour la population. Pour les écoles, c'est encore en discussion. Je ne sais pas si c'est celui-là ou un autre.




Salon Jeune Technique en 1984 en RDA, quelques éléments de comparaison avec le SICOB
Bien sûr la qualité des écrans (couleurs, textes...), la rapidité des programmes ne sont pas encore au niveau des productions US ou japonaises. Il y a plusieurs années d'écart. Mais, grâce à la confiance faite à des équipes de jeunes, à leur dynamisme, la RDA fait partie du club réduit de pays qui se construisent une informatique nationale.

ROBOTS ET MODE

Je note deux genres de visiteurs. Les jeunes d'une part. En groupe ou seuls, par classes, entreprises, ou individuellement, ils parcourent les allées. Ils interrogent les exposants, touchent les machines, s'extasient devant robots et ordinateurs. L'autre partie des visiteurs a plutôt la quarantaine. Costard-cravate, l'air sérieux. Il s'agit de dirigeants d'entreprises. Ils sont là pour s'informer. Recenser les inventions qui pourraient être utilisées dans leurs usines. Ils consultent les fichiers à leur disposition.

Dans ce lieu, se nouent des rencontres fructueuses pour l'économie. Les jeunes peuvent diffuser leurs travaux. Pas de patrons pour les mettre au chômage. Pas de recherche du profit à tout prix pour stériliser les initiatives. Pas de secret d'entreprise. Tout le monde peut bénéficier des inventions des jeunes. « Moderniser, moderniser ». Ce refrain, je l'entends partout. Y compris là où je ne l'attendais pas. Logique, pensais-je, de voir un robot-peintre répéter sans fin les « gestes » qui guident le pistolet à peinture sur le châssis d'une voiture. Logique, encore, de voir défiler devant moi de multiples automates à commandes numériques. Mais que vient faire la mode là-dedans ?

Musique. Sous l'œil intéressé de jeunes qui se pressent, le défilé commence. Des jeunes mannequins, apparemment sans Aucune expérience présentent de nouveaux modèles de vêtements pour jeunes filles. Tenue de discothèque, sweat décontracté, pantalon ample, à la « Tintin »... Pas encore de la haute couture... mais il y a « de ça ». Les filles que j'interroge me révèlent les dessous de l'affaire. Compte-tenu qu'il n'y a ni importations, ni marché concurrentiel, les désirs des jeunes comptent peu. Dans usines et magasins, il y a toujours un vieux crispé qui refusera un modèle un peu plus au goût de la jeunesse. « Trop cher ». « On ne va pas vendre une mini-jupe, quand même ». Et patati et patata. Dans une usine de confection un groupe de couturières se faisait des habits. Dans un club de mode. D'où l'idée: pourquoi ne pas les fabriquer en série, dans notre usine, et les vendre ? Ce ne fut pas simple. Mais ça démarre. A ma question : « Et comment allez-vous faire pour élargir cette production plus adaptée aux souhaits des jeunes ? », Annette secoue sa chevelure blonde, éclate de rire, et boxe l'air avec ses poings. « Kampfen» (1) me répond-t-elle.

SECOUER LE COCOTIER

Au fil des stands, les rencontres se succèdent. Avec Jorg, par exemple, lycéen à Karl Marx Stadt, 16 ans. Il expose quelques travaux de son club d'électronique du lycée. Une quarantaine de « mordus » aidés par un enseignant. L'école fournit du matériel. Une fois par semaine, ils se retrouvent pour comprendre et construire. Pour Jorg, la voie semble toute tracée : « Je veux faire des études en électronique, et en faire mon métier ».

Jens, lui, est apprenti. Il me montre une machine bizarre. En bas, cela ressemble à un motoculteur miniature (40 cm de large). En haut, on dirait une perceuse électrique courante. « On ne dirait pas. C'est une perceuse ! Nous avons fabriqué un système qui permet de faire fonctionner ce mini-motoculteur de jardin avec le moteur de la perceuse. Rusé ! non ? »»

Chouette, un circuit électrique. Avec tout ce qu'il faut. Deux trains, feux de signalisations, tunnel et compagnie... Mais le jeune cheminot n'est pas là pour s'amuser. « Ce circuit montre un système électro-magnétique de sécurité que nous avons inventé. Implanté sur la voie et la locomotive, il interdit le dépassement des vitesses maximums à certains endroits du réseaux ».

Encore un micro-ordinateur. Pas le même que celui du début d'ailleurs. Mais là, c'est le programme qui intéresse. il s'agit d'aider les jeunes à choisir leur orientation professionnelle. La machine demande les désirs: travailler dehors, dans un bureau, un atelier, en équipe, dans quelle branche... Puis, elle livre une liste de métiers possibles, leurs caractères et les adresses pour se documenter plus avant. Décision est prise d'implanter ce système dans plusieurs centres d'orientation à titre d'expérience.

La place manque pour tout raconter. 2 400 produits exposés, sélection de plus de 100 000 projets dans le pays. Près du tiers des jeunes de la RDA participent aujourd'hui à ce mouvement des jeunes novateurs. Judicieuse façon d'allier l'intérêt des jeunes à un travail plus responsable et les nécessités économiques. Mais cela ne va pas toujours de soi. La routine, les habitudes pèsent lourd. Chez les dirigeants, les plus âgés, chez les jeunes aussi. Mais les jeunes rencontrés ont montré qu'il ne manque pas d'énergies pour secouer le cocotier.

Sylvestre Huet

(1) Se battre.


Texte extrait du Forum Unité Communiste : http://www.forum-unite-communiste.org/forum_posts.asp?TID=55&PID=37040
Par Philippe NIEUWBOURG le Dimanche 18 Juillet 2010

Nouveau commentaire :